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Mes lectures

"L’île des hommes déchus" de Guillaume Audru

publié le 14 févr. 2018 à 07:20 par Gilles Debouverie

Voisin de table et de barbe à Templemars, j’ai apprécié l’homme, et depuis quelques jours, j’apprécie l’auteur. Car il faut bien comprendre que l’un ne va pas automatiquement avec l’autre, peu importe le sens…

Le pitch : Après plusieurs années d’absence, Eddy revient sur son île natale, l’île de Stroma, pour reprendre la boutique de souvenirs que tenait son oncle jusqu’à présent. Cette absence, son ancien boulot de flic, le fait que son père soit le maire, les vieilles histoires de famille, bref, tout cela va ressurgir avec son arrivée. Et tout sera accentué avec la découverte d’ossements qui mettra cette île, habituée aux silences et aux secrets, sous les feux des projecteurs.

Alors si vous cherchez des coups de flingues, de la bagarre, des courses poursuites et des rebondissements ahurissants à chaque chapitre, détournez votre chemin. Monsieur Audru ne se dévore pas, il se déguste.
Ce roman est à classer dans un genre que j’ai découvert avec Armelle Carbonelle, le polar ou le thriller d’ambiance. Pendant 200 pages, j’ai vécu sur cette île, j’ai senti les embruns, j’ai perçu le poids des secrets et des non-dits, j’ai vu le port, l’église et les rues, comme si j’y étais. Et surtout, la très belle plume de monsieur Audru ne lui empêche pas de donner le coup de massue final.

Alors moi j’affirme qu’il faut avoir lu au moins un roman de ce monsieur dans sa vie, et si vous avez une affinité toute particulière pour l’Écosse, alors jetez-vous sur « l’île des hommes déchus ».

"Le bal de ses nuits" de Magali Le Maître

publié le 29 janv. 2018 à 08:56 par Gilles Debouverie

C’est au moment où la couverture de ce livre a obtenu le prix POLAR'OSNY qui j’en ai achevé la lecture.

Le pitch : Un groupe d’adultes un peu paumés se rencontre via un site spécialisé. Ils partagent les sorties, s’invitent chez les uns et les autres, pensent se connaître comme de vieux amis alors qu’ils ne vivent que de superficialité. Mais un soir, après l’une de ces fêtes, l’une des femmes du groupe est retrouvée égorgée. Les enquêteurs sont formels, le coupable est un homme et il ne peut que faire partie du groupe. La psychose monte. Cette amitié fragile explose. Ceux qui n’ont pas d’alibi se regardent suspicieux. Et que dire quand une deuxième victime va être retrouvée ?

C’est un thriller psychologique intéressant que nous livre là l’auteure Magali Le Maître, dans le sens où il commence comme un desperate housewife gentillet et s’enfonce dans le sombre petit à petit. L’histoire se lit vite et facilement, l’écriture est sobre, le travail sur la psychologie des personnages est assez fouillé.
En le lisant, je me disais : non, ça ne peut pas être ça… Puis : Il y a un loup, forcément… Et enfin : S’il n’y a pas un loup, je pose une réclamation auprès de l’auteure… Mais rassurez-vous, le loup est là, et pas forcément où on l’attend.

Merci madame Le Maître pour cet agréable moment de divertissement.

"Quatre racines blanches" de Jacques Saussey

publié le 11 janv. 2018 à 09:19 par Gilles Debouverie

C’est le troisième roman de Mr Saussey que je viens d’achever et je suis définitivement fan de cet auteur autant que j’apprécie l’homme à travers les quelques échanges que nous avons eus.

Le pitch : Le capitaine Daniel Magne, officier de la police française, se rend à Montréal dans le cadre d’un séminaire de collaboration entre les services des deux pays. Dès le premier soir, il est témoin de l’enlèvement d’une femme. En essayant de s’interposer, il est blessé et un collègue québécois est tué. Magne est alors embarqué dans une enquête qui va le confronter à un terrible et impitoyable tueur.

En dehors du fait que l’intrigue est rondement menée, cette histoire nous permet de visiter cette superbe région qu’est le Québec dont on devine très facilement que l’auteur est tombé amoureux. De plus, le roman est ponctué de détails historiques authentiques sur l’histoire de certaines tribus indiennes et leurs confrontations avec l’homme blanc.
Le final est enlevé à la façon d’un film d’action, captivant et intense. Merci Mr Saussey.

Quatre racines blanches est le troisième roman de cet auteur prolifique. Vous pourrez retrouver mes fiches de lecture de « L’enfant aux yeux d’émeraude » et « Ne prononcez jamais leurs noms » sur mon site.

"Chéloïdes : Chronique punk" de Morgane Caussarieu

publié le 16 nov. 2017 à 05:14 par Gilles Debouverie

Point de polar, de thriller ou de fantastique cette fois-ci. Une chronique est une chronique, une tranche de vie. Une fois n’est pas coutume j’attaque, bille en tête, par le pitch :
Colombe est une jeune marginale bossant comme maquilleuse pour des films pornos gay. Déjà, rien que cette première phrase de présentation nous donne une indication sur ce qui risque de nous attendre au fil des pages. Elle rencontre Malik, un punk désœuvré et SDF. Ce roman nous raconte l’histoire d’amour qui va s’instaurer entre ces deux-là sous la forme d’une lente destruction programmée.

Écrivant à la première personne, l’auteure nous embarque avec sa Colombe jusqu’au bout de son aventure humaine faite de rencontres, de lieux, de musique, de sexe et de drogue. Je n’ai pas été surpris, je n’ai pas pris de claque dans la gueule, j’ai juste vu arriver ce qui devait arriver et je l’ai accompagné avec beaucoup d’affection et de compréhension.

J’ai vraiment aimé cette chronique dans le sens où elle ne cherche pas à donner de leçons de morale ou à montrer du doigt le bien ou le mal, mais elle apporte juste un témoignage sur cette marginalité que vivent certaines personnes, et le tout sans concession. Parce que Chéloïdes est trash, sombre, sans tabou, mais jamais vulgaire ou indécent, même quand l’auteure aborde des sujets très sensibles.

Quand j’ai rencontré Morgane Caussarieu et son éditeur aux Halliennales, ils ne pouvaient sans doute pas deviner que derrière ce bon gros barbu grisonnant de plus de cinquante balais pouvait se cacher un type ayant côtoyé le milieu punk des années 80. Je me garderai bien de me qualifier d’ancien punk, car comme le dit si bien Morgane Caussarieu, soit on est punk, soit on ne l’est pas. Mais on ne peut pas l’avoir été. J’ai porté la crête, le treillis et les rangers pendant trois mois, avant de m’apercevoir que j'avais une plus forte inclinaison pour le noir et les cheveux crêpés et que je préférai écouter les Cure plutôt que les Ramones. Mais j’en ai connu et je les ai appréciés à leur juste valeur. Et surtout j’ai bossé pendant 1 an derrière les platines d’une boîte punk. Alors, autant dire que les références musicales citées par l’auteure ont fait mouche. Bauhaus, Killing Joke, Billie Idol… Avec un pincement au cœur pour les Sisters of Mercy que j’affectionne plus particulièrement.
Je n’ai pas connu les lieux parisiens, n'ayant pratiqué que les boîtes de ch’nord et de Belgique, et surtout, dans les années 80, tout cela était plutôt gentillet par rapport à ce que dépeint l’auteure aujourd’hui sur Paris, puis sur Berlin.
Morgane Caussarieu a su parfaitement nous décrire ces lieux underground, la musique, la drogue et ses effets (et méfaits). Tout cela sans en faire de trop. Un savant dosage.

Allez, si je devais faire une petite remarque, je dirais juste que je m’attendais à une fin légèrement différente. Sans en dévoiler plus pour ne pas spoiler bien sûr. Mais c’est de l’ordre du ressenti personnel que j’espère avoir l’occasion de transmettre plus précisément à l’auteure, en plus de mes sincères félicitations pour cet excellent roman que j’ai dévoré de bout en bout.
Merci Sébastien pour tes conseils avisés et à bientôt Morgane Caussarieu.

Une dernière chose pour ceux qui, comme moi, ne le savaient pas, une chéloïde est une excroissance de peau pouvant apparaître lors du processus de cicatrisation. Trace indélébile d’une ancienne blessure…

"Nous rêvions juste de liberté" de Henri Loevenbruck

publié le 10 oct. 2017 à 09:35 par Gilles Debouverie

Je ne connaissais pas Mr Loevenbruck, honte sur moi et au moins 7 générations. Mais bon, je fais mon mea culpa et je viens de me rattraper grâce à Sophie qui a eu la merveilleuse idée de me prêter ce livre.
Évidemment, je suis motard. Et je suis aussi un grand fan de la série « Sons of Anarchy ». Alors c’était commode de me refiler un bouquin qui parle de motos. Mais je ne suis pas un motard facile, moi madame. Encore faut-il qu’il me plaise et qu’il ne se contente pas des bons vieux clichés sur ce sujet.
Je ne vous dirais que 3 choses : j’ai versé quelques larmes à la fin. J’ai eu du mal à trouver le sommeil ensuite. Et j’avais toujours une grosse boule dans l’estomac le lendemain matin.

Le pitch : Le narrateur est Hugo, un jeune lycéen de Providence qui se lie d’amitié avec un groupe de jeunes désœuvrés plus occupés à fumer des pétards et à faire les 400 coups à l’école qu’à étudier. Il y a Oscar le Chinois, Alex la fouine, et surtout Freddy, le chef de la bande. Le père de Freddy est garagiste et c’est dans son atelier que les deux jeunes vont fabriquer leur première moto.
Freddy devient comme un frère pour Hugo, surnommé Bohem. C’est lui qui lui donne le goût de la déconne et cette envie irrépressible de liberté. Avec ses potes, Bohem partira sur la route en moto, traversant le pays, cumulant les galères autant que les bons moments. Ils vont créer leur MC et intégrer des nouveaux dans leur groupe. Ils vont goûter à la liberté et connaître très vite le prix qu’il faut payer pour la conserver.

Loevenbruck narre ce récit de la bouche de Bohem. Il arrive à lui donner un langage de la rue tout en gardant une qualité d’écriture parfaite. Il parvient à nous attacher à ce jeune homme pétri de conviction et de droiture. Ce gamin qui va porter son groupe à bout de bras tout en défendant son principe de base : la liberté. Avec tout ce que cela comporte. Pas d’attache physique, pas de possession (en dehors de la moto quand même), pas d’exclusivité amoureuse. Et même si la drogue, l’alcool et la délinquance voyageront avec eux, on ne peut que rêver de sortir sa F6C Walkyrie et de croiser un jour la route de Bohem pour devenir prospect de son MC.

Et que dire du final ? Rien, pour ne pas spoiler. Ils ne sont pas nombreux les auteurs ayant réussi à me tirer quelques larmes, mais hier soir, c’était gagné. Loevenbruck nous retourne en une simple page recto verso. La dernière. Celle qui transforme un bon bouquin en une réussite parfaite.

À lire sans modération

"Au bonheur des ogres" de Daniel Pennac

publié le 6 sept. 2017 à 04:54 par Gilles Debouverie

En guise de remerciement de mariage, j’ai reçu cet ouvrage d’un couple d’amis que j’apprécie vraiment beaucoup. Chaque invité était reparti avec un livre et un petit mot. Je me suis donc retrouvé avec le premier opus de la saga Malaussène de Mr Pennac.
J’avais entendu parler de cet auteur et de cette saga récemment, car il a publié une nouvelle aventure cette année avec pas mal de promos. Mais j’ai réellement découvert « Au bonheur des ogres » sorti en 1985, une époque où la lecture était le cadet de mes soucis…

Le pitch : Benjamin Malaussène est bouc émissaire dans un grand magasin parisien. Le titre est sans aucun doute un clin d’œil « Au bonheur des dames » de Zola, publié à peine plus de cent ans plus tôt. Bouc émissaire ? Ben est chargé d'encaisser les remontrances d’un chef de service lorsque les clients se plaignent, jusqu’à ce qu'ils prennent pitié de lui et retirent leur plainte. Et ça fonctionne. Ben est aussi le frère aîné d’une famille bien déjantée dont les enfants sont tous issus d’un père différent.
Dans ce cadre, une première bombe explose dans le magasin, ne faisant qu’une victime. D’autres suivent, et chaque fois, Malaussène est dans les parages, devenant ainsi le coupable idéal.

L’art de Mr Pennac est de soulever un sujet qui va s’avérer être profondément grave, avec une légèreté, une fantaisie et une impertinence jubilatoire. Autant j’ai rarement peur en lisant une histoire d’horreur, autant je ne me marre qu’exceptionnellement aussi. Et cette fois-ci, si je n’ai pas pouffé, j’ai très souvent souri.
L’écriture est originale, belle et fluide. Il n’y a pas de lourdeur, de temps mort et même les passages décrivant la vie quotidienne de cette famille sont tellement empreints d’humour qu’ils ne se lisent jamais en diagonale.
Bref, j’ai été séduit par cet auteur. Et même si la fin de l’histoire est un peu rocambolesque, elle est au bout du compte assortie au style général, et cela ne laisse aucun goût d’inachevé en bouche.

À l’occasion, je me laisserais sans problème tenter par le suivant…

"1974" d'Arnaud Codeville

publié le 6 sept. 2017 à 04:21 par Gilles Debouverie

1974 est le deuxième roman de Mr Codeville. Je tiens à préciser que je n’ai pas lu le premier.

Le pitch pour commencer : Nous suivons le retour au travail, un peu forcé, de Joël, un flic qui a sombré dans l’alcool suite au décès de sa fille. Ayant une part de responsabilité, les conséquences familiales ont coulé de source, ainsi que la déchéance qui a suivi. Mis sur une affaire un peu prétexte, Joël va se laisser prendre au jeu, creuser plus que prévu, et déterrer une sombre histoire de vengeance post-mortem sous le contrôle d’un démon qui aurait donné naissance à des progénitures suite à des incantations sorties d’un vieux livre de sorcellerie.

J’ai abordé ce livre avec une certaine méfiance, car cet auteur s’autoédite, et j’ai personnellement été trop souvent déçu par l’autoédition. En dehors de l’intérêt des histoires elles-mêmes qui n’est malheureusement pas toujours bien perçu par les éditeurs pros, ceux-ci apportent malgré tout un travail éditorial non négligeable et qui fait souvent la différence.
Ma première constatation est que cette absence d’éditeur ne se fait pas ressentir à ce niveau. Même si nous ne sommes pas dans de la grande littérature, bien sûr (et ce n’est pas ce qu’on attend de ce genre de bouquin), le style, les syntaxes et la qualité de l’écriture sont au rendez-vous. En tout cas, pas assez de choses m’ont choqué pour le mentionner ici.
Le deuxième point concerne le genre. Nous sommes ici dans du fantastique/horreur, un genre littéraire que j’ai visité dans mon jeune temps via énormément Lovecraft et un peu de Poe. Depuis, rien dans mes lectures n’a réussi à me faire frissonner. Pas plus 1974, malheureusement. Cependant, n’étant plus un ado sensible, je n’espérai pas trembler de frayeur en lisant ce livre, et je serais bien curieux de savoir quel bouquin pourrait maintenant avoir cet effet sur moi.

J’ai trouvé l’histoire bien écrite, avec des rouages bien huilés, mais sans grande originalité. Un démon donnant naissance à des jumelles qui vont ouvrir un portail… ça ressemble à pas mal d’histoires (livres ou films). De plus, moi qui suis un grand fan de Lovecraft et admirateur de la mythologie qu’il a créée autour de Cthulhu et des grands anciens, sortir quelques références sans explication, ça m’a un peu perturbé. Yog-Sothoth, ça sonne bien, certes c’est le gardien de l’espace-temps, mais c’est aussi une divinité qui a la capacité de ravager une planète entière…
Il m’a aussi et surtout manqué un bon rebondissement de fin qui m’aurait certainement laissé sur une bonne impression et qui aurait rattrapé l’opinion mitigée.

En conclusion, c’est un livre qui se lit facilement et une histoire fantastique sympathique. Je regrette presque de ne pas avoir choisi le premier opus de cet auteur « La tour de Sélénite ». J’aspire à découvrir une autre histoire de Mr Codeville, car je pense qu’il a le talent de la narration et qu’il peut en sortir quelque chose de vraiment bien.

"666e kilomètre" de Michaël Moslonka

publié le 14 juil. 2017 à 13:01 par Gilles Debouverie

Visiter l’univers littéraire de Mr Moslonka est un peu comme une épreuve initiatique. Comme si un athée pur et dur assistait à une messe en latin, ou comme si un végétarien de naissance se tapait un bon charolais saignant. La façon dont on en ressort est certainement bien différente selon les personnes qui tenteront l’expérience. Personnellement, je me mettrais dans la catégorie du végétarien goûtant son premier bout de viande et ne lâchant le reste du steak pour rien au monde.
Il paraît que Mr Moslonka n’est pas seul dans sa tête (lui-même le confirme), j’en ai maintenant la preuve. Mais bien des auteurs sont dans le même cas. Après, on peut faire un concours du nombre de personnalités qui nous habitent, mais nous ne sommes plus dans la cour de maternelle.

Le pitch : Camus prend la route avec sa voiture, direction Royan, pour se rendre chez un ami. Cela fait longtemps que ce jeune trentenaire n’a pas quitté son appartement d’Hénin-Beaumont, surtout depuis sa séparation d’avec Mathilde. Bref, nous avons là un personnage bien borderline, torturé comme il faut, et lui-même pas tout à fait seul dans sa caboche.
Tout se passe plutôt bien jusqu’à cet arrêt, dans une aire de repos, sur l’A10, au 661e kilomètre. Et lorsque Camus reprend la route, nous allons pénétrer inexorablement dans la 4e dimension.

Impossible de vous en dire plus, car la suite n’est pas racontable de toute façon. Elle doit se lire. Mais Mr Moslonka parvient à nous embarquer dans un délire mêlant road-movie, thriller fantastique et satire sociétale.

On m’avait mis en garde sur l’écriture de ce bonhomme, mais j’ai eu l’agréable surprise de la trouver tout à fait abordable, pas élitiste du tout. La difficulté reste de suivre la pensée de l’auteur. Si je peux vous donner un conseil, devenez la danseuse dans le couple auteur/lecteur. La danseuse dans le sens de celle ou celui qui doit se laisser guider. Mr Moslonka va vous embarquer dans une valse chaotique dans laquelle il ne faudra faire aucune résistance sous peine de vous faire marcher sur les pieds.
En tout cas, maintenant que je suis devenu un gros viandard, il y a de grandes chances que je prenne du rabe à l’occasion !

Merci Michaël Moslonka.

Ah oui. J’ai trouvé dans le même paragraphe les mots suivants : Camus, peste et étranger… je suis sûr que ce n’est pas une coïncidence. Je demanderai une confirmation à l’auteur lui-même !

"Majestic Muder" d’Armelle Carbonel

publié le 1 juin 2017 à 13:52 par Gilles Debouverie

A force d’entendre des louanges autour des deux romans d’Armelle Carbonel, je n’avais pas d’autre possibilité que d’aller vérifier par moi-même. Bon, je savais que l’auteure était sympathique pour l’avoir croisée en salon, mais cela ne garantit rien, croyez-moi…
J’ai opté pour son dernier opus : Majestic Murder.

Dès les premières lignes, j’ai su que je m’attaquais à du lourd.

Le pitch pour commencer : Lillian est une camée qui vit dans un squat à Saint-Louis. Elle rencontre Seamus et ils se plaisent, noyés dans ce milieu sombre et décadent. Lillian rêve de devenir actrice et elle tombe sur l’annonce d’un théâtre qui cherche des comédiens pour une pièce. Elle va décider Seamus de l’accompagner.
Pendant ce temps-là, un inspecteur se met en quête d’un tueur en série, sévissant tous les trois ans dans des états toujours différents. Il se met en route après avoir reçu de nombreux indices par le biais d’un mystérieux correspondant.
Dans ce théâtre étrange, Lillian et Seamus vont découvrir une troupe atypique et limite effrayante, travaillant sur une pièce écrite en la mémoire de Peg Entwistle, une actrice du début du XXe siècle qui s’est suicidée assez jeune.

Attention, il ne faut pas lire du Carbonel comme on lirait du Levy ou du Musso. La plume de cette auteure nécessite une attention particulière et un véritable travail de lecture. Je me permets de penser qu’il ne faut pas lire ce livre dans n’importe quelle situation. Pas certain que je l’aurais apprécié de la même façon au bord de la plage ou d’une piscine. Par contre, dans de bonnes conditions, on se laisse rapidement embarquer par le plus grand point fort de Mme Carbonel : l’ambiance.
Majestic Murder est un polar d’ambiance en huis clos. Une fois franchi la qualité du verbe de cette jeune femme, on plonge dans ce théâtre. On palpe les tentures, on sent les relents de moisissure, on entend le bois craquer sous nos pieds accompagné par une musique de jazz lancinante, on plisse les yeux dans la pénombre. A tel point que l’intrigue elle-même en devient presque secondaire.

Je suis persuadé que ce livre ne plaira pas à tout le monde. Le fait qu’Armelle Carbonel ne se glisse pas dans le moule et ne joue pas avec les règles classiques en déroutera plus d’un. Mais personne ne pourra me contredire sur la qualité de son écriture et sur son talent pour poser une atmosphère.
Avec toutes ces qualités, à quand un roman d’horreur psychologique à la shining ?

"Malgré elle" de David-James Kennedy

publié le 9 mai 2017 à 08:02 par Gilles Debouverie

Je vais vous expliquer comment fonctionnent les histoires de Mr Kennedy. Le principe de base de « Malgré elle » est le même que pour « Ressacs ». Kennedy nous livre chaque fois 2 histoires dans le même livre. 2 histoires qui semblent toujours complètement décorrélées, mais qui impliquent les mêmes protagonistes. Deux histoires qui se croisent et se recroisent tout au long du livre sans jamais trouver de cohérence et nous laissant longtemps avec le sentiment d’être manipulé par l’auteur.
Chaque fois, je me suis surpris à me préparer à en vouloir à l’auteur de nous avoir dispersés ainsi sans nous réunir avant la fin. Et chaque fois, je me suis planté. Car Mr Kennedy raccorde toujours ses 2 histoires pour les rendre parfaitement cohérentes. Et cette fois encore, je me suis laissé prendre au jeu…

Le pitch : L’histoire se déroule à cheval sur deux périodes. En 1989, nous suivons une bande de lycéens d’Henry IV à Paris, avec leurs folies, leurs vies, leurs amourettes, jusqu’à l’assassinat de l’un d’eux, le lendemain d’une boum, qui restera non élucidé. Puis, nous nous retrouvons 26 ans plus tard, avec 2 d’entre eux, Tom et Emma, qui seront confrontés à l’exécution d’un de leurs anciens camarades en Suède. De là-bas, commencera une véritable course contre la montre et surtout contre des tueurs professionnels qui les poursuivront à travers toute l’Europe, semant le chaos derrière eux.
Les deux amis essayeront de comprendre qui leur en veut et qui tente brutalement de remonter à la surface une histoire vieille de 26 ans, en y mêlant une multinationale américaine spécialisée dans les prothèses à commande cérébrale et prête à annoncer une nouvelle dimension dans la cartographie du cerveau.
A priori, rien ne raccorde cette entreprise avec les meurtres qui vont s’enchaîner. A priori…

Voilà, je n’ai pas grand-chose de plus à dire sur cette histoire qui m’a captivé du début à la fin. Le style est simple et efficace. Les approches techniques sont très abordables et la partie anticipation est négligeable et ne laisse pas de sentiment de frustration.
Quelques coquilles qui ne devraient pas être pour une maison d’édition comme Fleuve seront mon seul bémol, mais il ne concerne pas l’auteur, car je suis bien placé pour savoir qu’on ne peut pas tout voir soi-même et qu’un bon travail éditorial est toujours très important.

Merci David et à dans 3 ans pour le suivant ?

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