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Ghost Virus - Graham Masterton

publié le 30 juil. 2019 à 03:50 par Gilles Debouverie
Le dernier Graham Masterton est-il une vaste plaisanterie ? Vous le saurez en lisant ces quelques lignes, sachant que je ne vais pas me faire que des amis !

Dans ce genre littéraire, j’avais surtout dévoré tout HP Lovecraft durant mon adolescence, avec quelques incartades du côté de Poe. Ensuite, j’ai goûté à Stephen King avec des fortunes diverses. Mais quand on m’a parlé du maître écossais, et je me suis senti un peu honteux de ne pas le connaître. Du coup, j’ai profité de son passage au salon de Nœux-les-Mines en février 2019 pour lui prendre son dernier ouvrage : « Ghost Virus ».
Et voilà, je viens de le terminer…

Le pitch : Deux inspecteurs londoniens enquêtent sur des meurtres assez horribles et sur les comportements très décalés de ceux qui les ont commis. La plupart des assassinats sont accompagnés d’acte de cannibalisme et parfois les coupables sont des femmes, voire des enfants. Rapidement, ils vont se rendre compte qu’un point commun les relie : tous semblent habités par une présence étrangère qui les pousserait à ces actes terribles. Et ces personnalités seraient les anciens propriétaires des vêtements de seconde main portés par ces surprenants criminels.

Je n’ai pas vraiment l’habitude de diffuser des critiques négatives, mais devant l’engouement général des lecteurs, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qui a bien pu leur plaire dans ce roman. Étant souvent plus tolérant (ou silencieux) sur des créations françaises, j’avais vraiment envie de m’exprimer sur un maître du genre, en expliquant de la façon la plus argumentée possible mon ressenti. Attention, je risque de spoiler, mais je préviendrai.
Balayons tout de suite la très mauvaise qualité de la traduction française, étant donné que l’auteur n’en est pas responsable. Mais je trouve que ça pénalise d’entrée l’histoire. Des mélanges de tutoiements et de vouvoiements. Des « darling » bêtement traduits en chérie, comme si un inspecteur appelait « ma chérie » toutes les femmes qu’il croise dans son commissariat. Passons sur les « septante », car j’estime que cette approche belge est bien plus logique. Et pas mal de coquilles qui indiquent un manque de travail éditorial indigne pour ce genre d’écrivain (même si je pense que tout auteur devrait bénéficier de la même attention éditoriale, bien entendu).

Et revenons à l’histoire par elle-même. Rien à redire sur la qualité de l’écriture (en dehors des erreurs de traduction), sinon Mr Masterton ne serait pas là où il est actuellement. Mais peut-on construire tout un livre sur des vêtements possédés ? Je me le demande. Mais admettons. J’ai trouvé que la première partie était assez intéressante et pouvait déboucher sur une intrigue originale et alambiquée. Certes, les scènes sont assez gores, mais nous sommes ici dans un style horrifique, donc why not. Et les premières situations et les personnages sont assez bien imaginées. Les flics piétinent et c’est bien normal qu’ils ne foncent pas tête baissée dans l’irréel. Ça ne serait pas crédible. Non pas que des vêtements possédés soient crédibles, mais je pense que dans tout roman fantastique, les réactions humaines doivent être cohérentes par rapport aux délires imaginaires de l’auteur.
Évidemment, à force de croiser des personnages qui se font contrôler par leur pull ou leur blouson, je commence à trouver tout cela répétitif, et j’ai l’impression que l’auteur a eu ce même ressenti. Et du coup, il a opéré un sacré virage :

*** SPOIL ***
Et d’un seul coup, les vêtements se mettent à flotter au-dessus du sol, à s’organiser en bande, à libérer leur congénère dans les boutiques, et à massacrer tout ce qui bouge avec un déferlement de cruauté me faisant penser que les pauvres anciens propriétaires avaient dû en voir de toutes les couleurs durant leur vivant. Autant vous dire qu’après l’invasion des abeilles géantes, la nuit des morts-vivants ou piranhas version 16, je me suis cru dans une vilaine série Z de la TNT.
Et pour achever le tout, l’assaut final des forces militaires, équipées de tronçonneuses, car, comme tout le monde le sait, les tronçonneuses sont très efficaces contre le coton et la laine. Sachant qu’aucun protagoniste n’a eu l’idée du lance-flamme.
Mais soit, j’ai tourné les pages avec une impatience démultipliée, car je voulais absolument savoir quelle origine l’auteur avait donnée à ce comportement surnaturel. Parce que finalement, parfois, les dix dernières pages peuvent sauver tout le début ! Et malheureusement, quelle ne fut pas ma déception. Un virus (c’est dans le titre, en même temps, j’aurais dû m’y attendre). Non point une vieille légende lituanienne, un mythe de magie ancestrale, ou même une pirouette donnant une explication aux fantômes se promenant dans les châteaux écossais. Non, un simple virus réveillé par je ne sais déjà plus quoi, tellement ça m’a profondément marqué.
*** FIN DU SPOIL ***

Alors voilà, si vous voulez vous abreuver de sang, de boyaux déchiquetés, de têtes et de membres arrachés, d’intestins déroulés, jetez-vous sur ce livre. Si vous vous pouvez vous contenter d’une vague explication pour justifier que des manteaux prennent vie et massacrent de pauvres innocents, alors jetez-vous sur ce livre.
Vous l’aurez compris, pour ma part, je ne suis pas emballé par le résultat final.
J’ai donc malheureusement été mal conseillé, car je suis persuadé que Mr Masterton vaut bien mieux que son dernier roman. Et je suis d’ailleurs disposé à entendre vos suggestions pour très vite chasser cette histoire de ma mémoire et la remplacer par du meilleur.

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